Bilan 2019/2020 ou le virus de l’éducation

Lors de notre dernier post du 30 mars, la France venait de se confiner de la plus stricte des façons. Nous perdions dans la foulée, de très nombreuses heures d’intervention auprès des établissements scolaires engagés avec notre association sur des projets d’éducation à la presse et aux médias ou sur des ateliers philo. Nous lancions alors un SOS afin de nous aider à traverser ce difficile moment.

Que s’est-il donc passé pour nous depuis ce dernier post ici ? Quel aura été au final le bilan de cette année 2019/2020 pour le moins différente ?

Sur le front de l’éducation à la presse et aux médias, le projet « Résidence de Journaliste » 2019/2020 n’a pas pu être mené à terme dans les conditions de production initialement prévues. Un certain nombre de nos « reporters en herbe » ont malgré tout réussi à finaliser leur article depuis chez eux. Les 2nde 4 du lycée des Eucalyptus (Nice) et les 2nde 11 du lycée Thierry Maulnier (Nice) n’ont pas démérité sur leur média www.echos-vallee.fr : Les Trois Moulins, un espace aux nombreux enjeux, Saint-Jeannet, « Porte des Baous », La plaine du Var transformée, Photoreportage dans Nice Méridia… Au final, la DRAC Paca qui soutient ce projet depuis 2 ans vient de relayer le nouvel appel à projet lancé au niveau national par le Ministère de la culture. Il est passablement différent, peut-être plus exigeant en terme de transversalité et de partenariat. Nous le découvrons depuis peu avec une deadline assez courte. Pas gagné donc. Pour autant, un certain nombre d’établissements nous ont assuré vouloir pérenniser le projet à partir de leurs propres budgets. Il est vrai que nous avons fait le plus dur : créer et animer un média en ligne qui n’attend plus que les productions des jeunes !

Sur le front des ateliers philo, nous étions engagés avec l’Ecole primaire Jean Macé II sur une étude d’impact menée par Johanna Hawken, spécialiste française des ateliers philo pour enfants qui anime depuis 2008 dans les écoles, les collèges, les centres sociaux. Le succès de ses ateliers a permis à la ville de Romainville d’obtenir le label de « ville philosophe » et de créer une Maison de la Philosophie qu’elle dirige. Elle a notamment publié en 2019 chez Temps Présent Éditions : « La philo pour enfants expliquée aux adultes ». L’objectif général de l’étude est d’évaluer l’impact des ateliers philo et de pratique de l’attention chez les enfants de cycle 3 (CM1-6ème) au sein des territoires définis comme Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV). Objectif décliné en deux objectifs spécifiques. Pour le premier, il s’agit de mesurer leur impact sur les plans cognitifs, éthico-citoyens, psychologiques et socio-émotionnels. Le second s’attache à comparer les résultats sur trois segments : aucun atelier, 10 ateliers, 25 ateliers. Cheffe de projet sur cette étude, Johanna Hawken mène cette étude en coopération avec l’équipe de coordination des projets de l’Association SEVE. Et c’est avec joie que nous avons découvert que le cycle court de 10 ateliers était confié en animation à Laure Laforêt, psychologue et animatrice philo de la région, engagée au côté de SEVE dès sa création en 2016.

Nous nous sommes donc engagés sur le cycle long. Nous en étions à la moitié à l’entrée sur le confinement. C’est in extremis que nous avons réussi à finaliser à la sortie de celui-ci. Parmi nos huit dernières séances, certaines visaient à « débriefer » du Covid avec les enfants. Un atelier « Fabrique à Idées » a ainsi débouché sur le Dicobizarre : Petit dictionnaire philosophique du Coronavirus. Objectif : inventer de nouveaux concepts prenant appui sur l’expérience inédite de la pandémie. Pêle-mêle, parmi les géniales trouvailles en mots-valises (photo de une pour la collecte) de nos petits philosophes : Amanque qui signifie « ressentir le manque de ses amis », Habipeur qui veut dire « s’habituer à avoir peur du coronavirus » ou encore Quotiflix quand « Netflix est devenu notre quotidien ». Ils n’ont pas fait qu’inventer de nouveaux concepts : ils en ont donné eux-même la définition, ainsi que le genre ! Ils ont défendu leur concept ! Nous avons fait travailler un graphiste pour la mise en page de ce Dicobizarre (nom qu’ils ont choisi eux-même lors d’un brainstorming), afin de démontrer que la qualité de leur travail appelait une mise en forme à niveau. Un grand merci à l’association ESSENSi’Ailes, à l’origine du projet Covid’Ailes : une mallette CPS (Compétences Psychosociales) construite pour venir en soutien aux enseignants lors du retour en classe. La « Fabrique à idées » est une des nombreuses séquences de cette mallette, résultat d’un travail collaboratif mis gracieusement à disposition des établissements scolaires comme de « toute structure ou personne souhaitant développer les CPS auprès des enfants et adolescents ».


L’évaluation finale fut particulièrement émouvante. Une chose dont on peut être certain avant que Johanna ne livre prochainement ses résultats : un cycle long, ça crée des liens ! Mention spéciale à leur institutrice, qui a trouvé des mots d’une extrême bienveillance à l’attention de sa classe. Il y a des éducateurs extraordinaires dans l’Éducation Nationale, n’en doutons jamais ! Et elles ou ils ne font pas forcément beaucoup de bruit.

Voilà. C’est donc l’inconnu pour la rentrée. Pour tous. Deuxième vague ou pas, il semble peu probable toutefois que nous repartions sur un confinement aussi strict que celui du printemps dernier. Nos économies ont déjà un genou à terre…

Enfin, à l’entrée de l’été, nous tenons à porter à votre connaissance que notre association s’est engagée, via le collectif JIVEP Nice (Journée Internationale du Vivre Ensemble) dont elle fait partie, sur le projet SuperFrance porté par Gunter Pauli et Idriss Aberkane qui, au sortir du confinement, ont décidé de venir rencontrer les acteurs locaux du changement pour les aider dans leur initiative. Un tour de France qui les amènera sur Nice le 30 juillet prochain. Il est trop tôt pour en parler, mais un projet de tiers lieu ambitieux pourrait en émerger grâce à une mise en réseau opérationnelle de certaines structures niçoises bien remontées. Mais bon, évitons l’effet pschiiit ! Il faut toujours rester prudent avec des têtes d’affiche de ce niveau.

Pour l’heure, nous vous souhaitons un bel été.
De nature et de culture.

 

Crédit Photo de une : DR
Crédit Illustration Dicobizarre : NLshop

Liberté, Égalité, Fraternité… Philosophie !

«  Dans les ateliers philo, j’ai aimé le moment où il y avait des débats qui eux étaient impressionnants. Ces débats étaient incroyables car chacun de nous avait une idée différente. »

Non, ceci n’est pas une lapalissade de comptoir, mais une des petites perles ramenées lors de la toute première intervention officielle de l’association Ressources en atelier philo. Un temps de restitution écrit plus qu’encourageant sur la suite à donner à celle-ci (voir en fin de ce post).

Au commencement était un projet porté par le Forum Jacques Prévert (Carros) en lien avec le Lycée Thierry Maulnier (Nice) : « Liberté, égalité, Fraternité… et moi dans tout ça ? » Au menu : ateliers philo et ateliers d’écriture/correspondance entre des élèves de seconde et des apprentis du CFA Nice Côte d’azur. Un projet soutenu par la Région Sud dans le cadre du dispositif INES (INitiatives Educatives Scolaires). Si nous animons les ateliers philo, les ateliers d’écriture sont menés par Julie Villeneuve, auteure et metteure en scène de la Compagnie Le Facteur Indépendant, en partenariat avec le Théâtre Juliette Greco de Carros. Au printemps prochain, des rencontres entre ces lycéens et apprentis sont prévus, avec notamment une mise en voix de certains textes et avec restitution publique.

Côte philo, nous avons proposé un cycle de 3 séances en demi-groupe, soit 6 ateliers au total. En préambule quasi obligé : « Qu’est-ce que philosopher ? ». Lors de la seconde séance, nous avons débattu sur la relation entre égalité et liberté : « L’égalité est-elle une condition nécessaire à la liberté ? ». Nous sommes partis pour cela d’un inducteur on ne peut plus visuel. Enfin, à partir de la question philosophique par excellence, celle du bonheur, nous avons souhaité induire la notion plus actuelle que jamais d’engagement, sollicitant Périclès pour l’occasion : « Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. » En guise d’inducteur, nous avons osé justement. Dans un lycée de la République, projeter la bande-annonce du film Libre sur l’engagement si courageux de Cédric Herrou auprès des migrants. Engagement qui aura permis, entre autre faits d’armes, d’interpeller la constitution elle-même afin qu’y soit définitivement consacré le « principe de fraternité ».

Pour résumer ces six heures de débat, je préfère donc m’effacer face au petit florilège de réactions qu’a permis le principe d’une restitution écrite, un peu plus tard, avec les professeurs. Une chose est certaine : élèves comme professeurs en redemandent ! Deux autres lycées de Nice (Guillaume Apollinaire et Estienne d’Orves) ont d’ores et déjà réservé leurs ateliers philo avec nous. Pour l’heure, ces morceaux choisis d’élèves pour le moins conquis…

 

Palme de la créativité philosophique
(non corrigé orthographiquement volontairement)

«  Philosopher c’est résonné avec sa pensée »

Ce qui m’a surpris

« On n’a rien écrit. Je pensais qu’on allait écrire mais pas du tout. »
«  Ce qui m’a surpris dans les ateliers philo c’est le fait de parler avec l’esprit ouvert. »
«  Ce qui m’a surpris dans les ateliers philo c’est le sens de certains mots qui prennent une tournure. »
«  On a su s’écouter même si on n’était pas d’accord. Et on peut philosopher sur n’importe quoi. »
« Ce qui m’a surpris c’est lorsqu’au début de la séance, on prenait un temps pour « méditer » afin de se mettre dans la séance ».

Ce que j’ai aimé

« Tout le monde avait droit à la parole. »
« Ce que j’ai aimé c’est la liberté de parole. »
«  La détente de ce cours et la liberté d’expression. »
« Discuter avec les gens, avoir leur avis, savoir leur façon de penser, débattre avec les gens. »

Ce que je n’ai pas aimé

«  Ce que j’ai le moins aimé, c’est quand les questions qu’il nous posait, j’aurais aimé avoir une réponse un peu plus claire. »
«  La gêne »
« Le calme »
« C’est que nous n’avons pas les réponses à certaines questions. »

Ce que j’ai retenu

« Qu’il y a tout le temps un pour et un contre dans un débat. »